Lobbying de la vape : FIVAPE, France Vapotage — qui défend vraiment qui ?
Deux fédérations, deux stratégies, deux ADN : derrière l'étiquette « lobbying vape », les intérêts divergent du tout au tout.
Par La rédaction LMDV Edito · 3 juin 2026 · ⏱ 9 min · Rédigé avec l’IA

Lobbying de la vape : FIVAPE, France Vapotage — qui défend vraiment qui ?
Le mot "lobbying" est devenu une arme rhétorique commode. Dès qu'une fédération de vape ouvre la bouche, certains crient à la manipulation de l'industrie du tabac. C'est faux, réducteur, et dangereux. Parce que derrière l'étiquette unique "lobbying du vapotage", il y a en réalité deux mondes qui se tournent le dos — et les confondre revient à offrir le marché aux cigarettiers sur un plateau.
Le "lobbying vape" : un terme, deux réalités opposées
Le secteur de la cigarette électronique est représenté par deux fédérations principales : la FIVAPE et France Vapotage. Jusque-là, rien d'extraordinaire — beaucoup de secteurs ont plusieurs syndicats. La différence, elle, est fondamentale.
La première opte pour des apparitions médiatiques répétées, là où la seconde préfère avancer en sous-marin. Deux approches différentes du lobbying pour défendre les intérêts du secteur auprès de décideurs dont l'expertise a tendance à s'envoler en fumée.
Mais la différence de style n'est que la surface. Ce qui les sépare vraiment, c'est l'ADN, l'origine du capital, et la réponse à une question simple : au service de qui travaillent-elles vraiment ?
La FIVAPE : née en boutique, pas en salle de conseil d'administration
Historiquement, les entreprises de vape indépendantes de l'industrie du tabac ont été créées par d'anciens fumeurs qui ont découvert la cigarette électronique à titre personnel avant d'en faire leur métier, convaincus de son potentiel de rupture dans la lutte contre le tabac. Cette singularité a engendré une éthique et des valeurs uniques.
La FIVAPE a été créée en 2013 (anciennement CACE) pour fédérer un secteur économique totalement nouveau. Aujourd'hui, elle regroupe 1 136 entités, dont des détaillants indépendants et des PME industrielles, dont certaines emploient plusieurs centaines de personnes.
Sa stratégie de lobbying est assumée, visible, ancrée dans le débat public. Conférences de presse avec scientifiques et juristes, tribunes, présence médiatique massive — les médias généralistes relaient massivement la parole du syndicat. Le débat sort enfin du ghetto spécialisé pour toucher l'opinion publique.
France Vapotage : la fédération qui avance en sous-marin avec des capitaux familiers
Et puis il y a France Vapotage. Fondée en juillet 2018, elle se présente comme une fédération qui veut "promouvoir le développement responsable du vapotage". Soit. Mais regardons les fondateurs.
Des fabricants de produits du vapotage opérant en France ont créé la fédération professionnelle France Vapotage pour défendre leurs intérêts et faire la promotion de la cigarette électronique comme « outil de sortie du tabac ». Ses membres fondateurs incluaient les cigarettiers britanniques British American Tobacco (BAT) et Imperial Brands, le luxembourgeois Landewyck, deux fabricants de produits pour cigarettes électroniques, et la boutique spécialisée Eway.
C'est-à-dire : les deux plus grands cigarettiers mondiaux en dehors de Philip Morris et China National Tobacco co-fondent une fédération censée "défendre la vape contre le tabac". L'oxymore est saisissant.
Ce positionnement n'échappe pas aux observateurs. France Vapotage est décrite comme une organisation de lobbying du vapotage fondée par des membres de l'industrie du tabac — et Génération sans Tabac rappelle que lors de la bataille de l'article 23, elle avait regretté que le gouvernement ait rejeté une "version réécrite" qui excluait les mesures de santé publique protégeant les mineurs.
La stratégie de discrétion a sa logique : là où la FIVAPE opte pour des apparitions médiatiques répétées, France Vapotage préfère avancer en sous-marin, deux approches différentes du lobbying pour défendre les intérêts du secteur auprès de décideurs. Quand on porte l'ADN de Big Tobacco, mieux vaut ne pas trop apparaître dans les médias.
L'article 23 du PLF 2026 : quand la fracture est devenue publique
C'est la bataille de l'article 23 du projet de loi de finances 2026 qui a rendu cette fracture lisible pour le grand public. Voilà ce que contenait ce texte tombé le 14 octobre 2025 comme une massue sur le secteur : le texte frappait sur trois fronts simultanément. D'abord, une taxation qui doublait quasi les prix — 0,03 € par millilitre pour les e-liquides faiblement dosés, 0,05 € au-delà. Mais aussi l'interdiction de la vente en ligne et l'obligation d'agrément pour les boutiques, les alignant de fait sur les bureaux de tabac.
La réaction de la FIVAPE a été immédiate et massive. Mi-octobre, la FIVAPE avait lancé une pétition intitulée « Vaper n'est pas fumer ». Son succès avait été foudroyant : 100 000 signatures en moins de 72 heures. Au total, près de 250 000 personnes ont signé cette pétition.
Les 4 et 5 novembre, la France du vapotage descendait dans la rue. De la Bretagne aux Bouches-du-Rhône, des dizaines de villes se mobilisaient. Le 9 décembre, une manifestation nationale à Paris rassemblait plusieurs milliers de personnes.
L'article 23 a finalement été supprimé lors du recours au 49.3. La loi de finances 2026 fut publiée dépourvue de taxation du vapotage, d'interdiction de vente en ligne et d'agrément obligatoire pour les boutiques. Le 20 février 2026 au matin, la loi a été publiée au Journal officiel, entérinant définitivement la victoire de la filière vape française.
Mais le gouvernement n'a pas renoncé par conviction — il a plié face aux difficultés parlementaires et à la pression citoyenne. Dans l'exposé des motifs du PLF 2026, l'article 23 était justifié par le « plan national antitabac 2023-2027 ». Un plan qui court toujours jusqu'en 2027, et qui pourrait tout à fait justifier une nouvelle tentative.
L'accusation adverse : le lobbying au service de qui ?
Dans ce même épisode, l'industrie a cherché à manipuler l'opinion publique pour défendre ses intérêts commerciaux, notamment à travers une large campagne de mobilisation citoyenne accompagnée d'une pétition initiée par la FIVAPE. C'est la lecture de Génération sans Tabac.
Le CNCT, lui, renchérit : cet argument industriel fait partie d'une stratégie plus large pour étendre et normaliser les nouveaux produits du tabac et de la nicotine.
C'est là que le débat devient vraiment intéressant — et que l'amalgame devient dangereux.
La confusion tabac/vape : l'arme préférée des prohibitionnistes
L'ANSES elle-même suggère, concernant le marketing, que « le concept de réduction des risques est désormais utilisé par divers acteurs du secteur, notamment les fabricants de tabac, dont l'interprétation diffère significativement de celle des acteurs qui l'ont initialement utilisé dans un contexte de santé publique ».
C'est la clarification fondamentale. Il y a deux "lobbying vape" qui ne se ressemblent en rien :
- Celui de la filière indépendante (FIVAPE, utilisateurs, ex-fumeurs devenus professionnels) : il défend l'accès des fumeurs adultes à un outil de réduction des risques prouvé par la science.
- Celui de l'industrie du tabac déguisée en acteur vape : il défend des parts de marché, utilise le langage de la réduction des risques comme cheval de Troie, et n'a aucun intérêt à voir le tabac disparaître.
Le "lobbying de la vape" masque en réalité, trop souvent, le lobbying de l'industrie du tabac qui essaie d'influer sur la législation pour récupérer le marché de la vape là où elle est largement minoritaire — et qui lui fait perdre de l'argent.
Le CNCT a d'ailleurs rejoint les forces de la Confédération des buralistes contre la filière vape indépendante — une alliance objective d'intérêts qui devrait questionner ceux qui se réclament de la santé publique.
Le vrai enjeu : Bruxelles, juin 2026
La bataille de l'article 23 n'était qu'un round d'échauffement. Le vrai match se joue à Bruxelles, maintenant.
Arômes, taxation, publicité, cigarettes électroniques jetables, sachets de nicotine : la prochaine révision européenne des règles sur le tabac et les produits connexes pourrait profondément modifier le cadre du vapotage. Jusqu'au 15 juin 2026, la Commission européenne invite le public et les parties prenantes à donner leur avis dans le cadre d'une consultation officielle.
Les dernières communications de l'Union européenne sur le vapotage sont claires : l'UE souhaite instaurer une taxation sur tous les produits contenant de la nicotine et restreindre les saveurs autorisées.
Pour couronner le tout, le rapport d'évaluation de la directive TPD publié le 2 avril 2026 est, disons-le sans détour, une catastrophe pour la réduction des risques. Un document de 144 pages qui, pour évaluer l'impact sanitaire des cigarettes électroniques, s'appuie exclusivement sur les sources de l'OMS et d'organisations militantes antitabac, ignorant totalement la littérature académique sur la réduction des risques. Cochrane, le Royal College of Physicians, Nicotine & Tobacco Research ? Absents du document.
La FIVAPE a d'ailleurs déposé une plainte auprès de la Médiatrice européenne, concernant la partialité de la Commission dans la formulation des questions posées — celles-ci étant clairement biaisées en faveur d'une réglementation plus restrictive des produits de la vape, ne permettant pas de prendre en compte l'ensemble des arguments en faveur de la vape comme alternative au tabac.
Ce que "lobby" veut dire — et ne veut pas dire
Les politiques ont une particularité qui les définit : ils doivent prendre des décisions essentielles pour des domaines où ils n'ont absolument aucune compétence. Un député est censé voter des lois sur absolument n'importe quel sujet. Le lobbying, c'est apporter de l'expertise là où il n'y en a pas. C'est structurellement nécessaire dans une démocratie.
Le problème n'est pas le lobbying en soi. Le problème, c'est quel lobby parle au nom de qui.
Le rapporteur général du PLF 2026, Philippe Juvin, déclarait lui-même : « Le vapotage a un double visage, comme Janus. Chez les adultes, il est probablement une porte de sortie efficace du tabac. » Même les sceptiques du Parlement commencent à intégrer la nuance.
Quant à la victoire de l'article 23, elle a eu au moins un mérite : l'article 23 aura exposé le vapotage autrement que par des fake news. Les médias et de nombreux décideurs politiques sont désormais très attentifs et impliqués, voyant la vape comme « un moyen de sortir du tabac ».
Ce qu'il faut retenir
La prochaine fois que vous lisez "le lobby de la vape a influencé tel texte", posez une question simple : quel lobby, exactement ? La FIVAPE, syndicat d'ex-fumeurs devenus artisans de l'e-liquide, ou les filiales vape de British American Tobacco ?
La confusion entre les deux n'est pas accidentelle. Elle sert les mêmes intérêts depuis des décennies : ceux qui ont tout à perdre à ce que les 14 millions de fumeurs français trouvent une porte de sortie.
Une seule certitude : 2026 sera une année de combats, avec de nombreuses échéances, actions juridiques, lobbying, communication, mobilisation des vapoteurs. Et la consultation TPD ouverte jusqu'au 15 juin — aujourd'hui même pour certains lecteurs — est peut-être la plus importante de ces batailles.
Sources
- 01.Contexte — Les deux visages du lobbying du vapotage. Voir →
- 02.FIVAPE — Retrait de l'article 23 du PLF 2026. Voir →
- 03.Vaping Post — Article 23 : retour sur quatre mois de chaos. Voir →
- 04.Génération sans tabac — L'article 23 et la campagne de lobbying. Voir →
- 05.LobbyFacts — France Vapotage (membres fondateurs). Voir →
- 06.Vaping Post — Révision TPD : la consultation publique est ouverte. Voir →
Transparence
Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les sources citées ci-dessus permettent d’en vérifier le contenu.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la FIVAPE et qui représente-t-elle ?
La FIVAPE (Fédération Interprofessionnelle de la Vape) est un syndicat créé en 2013 qui fédère plus de 1 100 entités : boutiques spécialisées indépendantes, fabricants d'e-liquides et grossistes français. Son ADN : être totalement indépendant de l'industrie du tabac. Elle pratique un lobbying transparent et médiatique, avec prises de parole publiques, pétitions et conférences de presse.
Qu'est-ce que France Vapotage, et pourquoi son origine pose problème ?
France Vapotage est une fédération créée en 2018 dont les membres fondateurs incluaient des filiales de cigarettiers comme British American Tobacco et Imperial Brands. Elle défend des intérêts industriels à l'échelle nationale et européenne, mais en adoptant un profil bas médiatique. Pour les associations de santé publique comme le CNCT, elle représente l'instrument par lequel l'industrie du tabac tente de reprendre la main sur la réglementation de la vape.
Qu'était l'article 23 du PLF 2026 et pourquoi a-t-il mobilisé la filière vape ?
L'article 23 du projet de loi de finances 2026 prévoyait une taxe sur les e-liquides, l'interdiction de la vente en ligne, et l'obligation d'agrément pour les boutiques — les alignant de facto sur les bureaux de tabac. La FIVAPE a lancé une pétition qui a récolté 250 000 signatures et organisé des manifestations dans toute la France. L'article a finalement été supprimé lors du recours au 49.3 en janvier 2026, et la loi de finances publiée sans lui au Journal officiel le 20 février 2026.
Qu'est-ce que la directive TPD et pourquoi est-elle cruciale pour les vapoteurs en 2026 ?
La Tobacco Products Directive (TPD) est la directive européenne qui encadre les produits du tabac et connexes, dont la vape. Sa révision est en cours en 2026 : la Commission européenne a ouvert une consultation publique jusqu'au 15 juin 2026. Les directions annoncées — interdiction des arômes, taxation accrue, emballage neutre — menacent directement la filière indépendante française. Le lobbying mené aujourd'hui à Paris et Bruxelles va peser lourd sur le résultat.
Est-ce que défendre la vape c'est défendre l'industrie du tabac ?
Non, et c'est précisément la confusion que l'amalgame 'lobbying vape' entretient. La filière française indépendante — boutiques, fabricants d'e-liquides, utilisateurs — s'est construite contre l'industrie du tabac, pas avec elle. Le rapport ANSES 2026 le note explicitement : le concept de réduction des risques est utilisé différemment selon qu'on vient de la santé publique ou de l'industrie du tabac. Défendre l'accès à la vape pour les fumeurs adultes, c'est de la santé publique. Défendre la vente de vapes griffées Philip Morris ou BAT, c'est de la diversification d'un cigarettier.
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