La vape indépendante française : 870 entreprises, 25 000 emplois, et zéro lien avec le tabac
Décryptage chiffré d'une filière de 1,6 milliard d'euros que l'État s'apprête à fragiliser
Par La rédaction LMDV Edito · 21 mai 2026 · ⏱ 7 min · Rédigé avec l’IA
On va commencer par une idée reçue qu'il faut casser tout de suite : la vape, en France, ce n'est pas Big Tobacco déguisé. C'est l'inverse.
85 % du marché français de la vape est aux mains d'entreprises totalement indépendantes de l'industrie du tabac. C'est le chiffre que martèle la FIVAPE, le syndicat de la filière, et il est corroboré par l'institut d'études Xerfi. Autrement dit : une industrie entière s'est construite, en une quinzaine d'années, en marge des cigarettiers. Des PME, des labos, des boutiques de quartier. Pas Philip Morris.
Ce détail n'en est pas un. Parce que quand on parle d'un secteur qui pèse lourd économiquement tout en restant hors du giron du tabac, on parle d'un truc rare. Et menacé. On y revient.
Les chiffres bruts d'une filière qu'on sous-estime
Reprenons à froid. Selon la FIVAPE, dont les données s'appuient sur l'étude Xerfi de référence, la filière vape française en 2025, c'est :
- 870 entreprises : fabricants d'e-liquides, fabricants de matériel, grossistes, réseaux de magasins, boutiques indépendantes, e-commerçants.
- 25 000 emplois directs et indirects.
- 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires.
- Environ 3 200 boutiques spécialisées sur le territoire.
Pour donner une échelle : 1,6 milliard d'euros, c'est un marché qui a quasiment doublé depuis 2019, où il pesait moins de 900 millions. Une croissance de PME, pas de multinationale subventionnée.
Et cette filière irrigue des territoires entiers. Une boutique de vape, ce n'est pas une enseigne hors-sol : c'est un local commercial en centre-ville ou en zone péri-urbaine, souvent là où les rideaux baissent les uns après les autres. 3 200 points de vente, ça fait beaucoup de loyers payés, de taxes locales versées, de vies de commerçants.
Le made in France qu'on ne voit pas
Voilà le morceau dont presque personne ne parle. La France ne fait pas qu'acheter de la vape : elle en fabrique.
Le pays compte une cinquantaine de laboratoires d'e-liquides indépendants. Des noms comme Gaïatrend (la marque Alfaliquid) ou VDLV produisent une part majeure des liquides consommés sur le territoire. On parle d'unités de production réelles, avec des chimistes, des lignes de remplissage, des contrôles qualité, des emplois industriels qualifiés.
C'est un point que je trouve dingue qu'on oublie aussi facilement. À l'heure où on pleure la désindustrialisation du pays, on a sous les yeux une industrie chimique de précision, française, exportatrice, qui s'est montée sans plan de relance et sans une seule subvention d'État. Les e-liquides représentent d'ailleurs la part dominante du chiffre d'affaires du marché.
Et la France n'est pas un petit acteur à l'échelle du continent : elle contrôle plus de 20 % du marché européen de la vape. Premier marché d'Europe. Construit par des indépendants.
Une filière de santé publique qui s'ignore
Derrière les chiffres économiques, il y a une réalité humaine. La France compte plus de 4,5 millions de vapoteurs. Et selon les données de la filière, autour de 98 % d'entre eux sont d'anciens fumeurs.
Lis bien ce chiffre. La quasi-totalité des clients des 3 200 boutiques sont des gens qui ont arrêté ou réduit la cigarette. La vape n'a pas créé une armée de nouveaux dépendants : elle a aspiré des fumeurs hors du tabac. C'est exactement ce que recommande l'agence de santé publique britannique, qui estime la vape nettement moins nocive que la cigarette combustible.
Donc on a une industrie qui, en même temps, crée 25 000 emplois ET fait reculer le tabagisme. Sur le papier, c'est le genre de filière qu'un gouvernement devrait protéger comme un trésor national. Sur le papier.
Pourquoi cette filière est aujourd'hui dans le viseur
Maintenant, le hic. Et il est gros.
Le projet de loi de finances 2026 contient un article 23 qui vise frontalement la vape. Deux mesures, présentées par le gouvernement le 14 octobre 2025.
D'abord, une taxe sur tous les produits de vapotage :
- 3 centimes par millilitre pour les liquides faiblement nicotinés (0 à 15 mg/ml), soit 30 € par litre.
- 5 centimes par millilitre pour les fortement nicotinés (au-delà de 15 mg/ml), soit 50 € par litre.
La taxe toucherait les e-liquides, mais aussi les boosters de nicotine, les arômes concentrés et les bases du DIY (ceux qui font leurs liquides maison).
Ensuite, et c'est peut-être le plus lourd : l'interdiction de la vente à distance aux particuliers. En clair, fini l'achat en ligne. Les ventes basculeraient vers un circuit verrouillé. Or l'e-commerce représente environ un quart de la distribution de la vape en France. Tu coupes un quart du robinet d'un coup.
Le Sénat a tenté de neutraliser la taxe en la fixant à zéro euro symbolique pour 2026 et en excluant les produits sans nicotine et au CBD. Mais le dossier reste ouvert, et la menace structurelle demeure.
Ce qu'on risque vraiment de casser
Faisons le calcul de l'absurde. D'un côté, une filière indépendante du tabac, 25 000 emplois, 870 entreprises, 1,6 milliard d'euros, et 4,5 millions d'ex-fumeurs en grande partie sevrés. De l'autre, un article de loi qui renchérit les prix et coupe un canal de vente entier.
Qui gagne si la vape indépendante trinque ? Pas la santé publique : des vapoteurs sous pression de prix peuvent retourner vers la cigarette. Pas l'emploi local : une taxe et une interdiction de vente en ligne, ce sont des marges rognées et des boutiques qui ferment. Le seul gagnant mécanique d'un affaiblissement de la vape, c'est le produit qu'elle concurrence : le tabac combustible. Celui-là même qui n'a, lui, aucune indépendance à perdre.
C'est là que le mot "souveraineté" prend tout son sens. On a, sous nos pieds, une filière française, industrielle, employeuse, sanitairement vertueuse et libre du tabac. Une exception. La question posée par l'article 23 n'est pas technique. Elle est politique : est-ce qu'on protège ce qu'on a réussi à construire, ou est-ce qu'on le sacrifie ligne budgétaire après ligne budgétaire ?
Les chiffres, eux, ont déjà répondu.
Sources
- 01.FIVAPE — Syndicat interprofessionnel de la filière française de la vape. Voir →
- 02.FIVAPE — Contribution à la consultation publique UE (octobre 2025). Voir →
- 03.OHID / GOV.UK — Nicotine vaping in England: 2022 evidence update. Voir →
- 04.Santé publique France — Baromètre vapotage : usage et évolutions récentes (2024). Voir →
- 05.Assemblée nationale — Pétition : retirer la vape de l'article 23 du PLF 2026. Voir →
Transparence
Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les sources citées ci-dessus permettent d’en vérifier le contenu.
Questions fréquentes
Combien d'emplois représente la filière vape en France ?
Environ 25 000 emplois directs et indirects, selon la FIVAPE et l'étude Xerfi de référence. La filière regroupe près de 870 entreprises : fabricants d'e-liquides et de matériel, grossistes, réseaux de distribution, boutiques spécialisées et e-commerçants. C'est une industrie qui s'est construite sans subvention d'État, en moins de quinze ans.
La vape française est-elle liée à l'industrie du tabac ?
Non, et c'est précisément ce qui la distingue. Environ 85 % du marché français de la vape est aux mains d'entreprises totalement indépendantes des cigarettiers, d'après les données FIVAPE appuyées sur l'étude Xerfi. Philip Morris ou British American Tobacco ne contrôlent pas ce marché : ce sont des PME, des labos indépendants, des gérants de boutiques.
La vape est-elle vraiment moins nocive que la cigarette ?
Oui, selon les autorités de santé britanniques (OHID). Leur revue de preuves de 2022 confirme que vapoter présente une fraction des risques du tabac combustible — estimée à au moins 95 % moins nocive. La vape n'est pas sans risque, mais l'exposition aux substances toxiques est significativement plus faible qu'avec la cigarette. En France, le Baromètre de Santé publique France 2024 confirme que les vapoteurs quotidiens sont quasi exclusivement d'anciens fumeurs ou des fumeurs en transition.
Qu'est-il arrivé à la taxe sur la vape prévue dans le budget 2026 ?
L'article 23 du PLF 2026 prévoyait une taxe de 3 à 5 centimes par millilitre et une interdiction de la vente en ligne. Après une forte mobilisation de la filière et des vapoteurs, les députés puis les sénateurs ont refusé ces mesures. La loi de finances 2026, publiée au Journal officiel en février 2026, ne contient finalement ni taxation de la vape, ni interdiction de vente en ligne.
Pourquoi l'e-commerce est-il crucial pour la filière vape ?
L'e-commerce représente environ un quart de la distribution de la vape en France. Sa suppression aurait privé d'accès aux produits une grande partie des vapoteurs vivant loin des boutiques spécialisées, notamment en zones rurales ou péri-urbaines. Pour les 870 entreprises de la filière, beaucoup de petite taille, la vente en ligne est souvent un canal de survie économique.
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