Italie et la vape : dix ans de taxe, ce que la France devrait en retenir
Le pays qui a inventé la taxe punitive sur l'e-liquide nous tend un miroir. Décryptage honnête.
Par La rédaction LMDV Edito · 18 mai 2026 · ⏱ 7 min · Rédigé avec l’IA
L'Italie, laboratoire involontaire de la taxe vape
Quand on parle de fiscalité sur la cigarette électronique en Europe, l'Italie revient toujours. Et pour cause : c'est l'un des premiers pays à avoir collé une taxe sur l'e-liquide, dès 2014. Dix ans de recul, ça permet de juger sur pièces plutôt que sur des promesses de ministres. Et le bilan italien, franchement, devrait faire réfléchir tous ceux qui, à Paris, rêvent encore de taxer la vape comme du tabac.
L'histoire commence mal. En 2015, Rome instaure une taxe à la consommation qui peut grimper jusqu'à 4,50 € par flacon de 10 ml. Le raisonnement de l'administration ? Elle décrète qu'un millilitre d'e-liquide équivaut à 5 cigarettes. Une équivalence sortie d'on ne sait où, qui assimile purement et simplement un outil de sevrage à du tabac combustible. La vape était même présentée à l'époque comme un « moyen de promotion du tabac ». Le monde à l'envers.
La taxe qui ne rapporte rien (sauf des dégâts)
Voilà le truc que les partisans de la taxe oublient toujours de raconter. Le gouvernement italien tablait sur 115 millions d'euros de recettes pour 2015. Résultat réel sur six mois : 3,5 millions d'euros. Soit à peine 3 % de la cible. Un fiasco budgétaire intégral.
Pourquoi un tel écart ? Parce qu'une taxe trop lourde ne remplit pas les caisses, elle tue le marché légal. Les vapoteurs italiens se sont tournés vers l'achat en ligne à l'étranger, le marché gris, ou pire, sont retournés à la cigarette. Quand une bouteille de 10 ml coûte 4 € de taxe quand un paquet de tabac chauffé concurrent s'en sort avec quelques dizaines de centimes, le signal-prix pousse les gens vers le produit le plus nocif. C'est l'inverse exact de l'objectif de santé publique affiché.
Face au mur, l'Italie a fait machine arrière. Les parlementaires ont voté une réduction massive : -80 % sur les liquides nicotinés, -90 % sur les liquides sans nicotine. On est passé de presque 4 € par flacon à 40 ou 80 centimes. Un demi-tour spectaculaire, qui dit tout de l'échec initial. Le tribunal administratif du Lazio avait d'ailleurs suspendu la taxe sur les liquides sans nicotine en cours de route, jugeant qu'elle reposait sur des bases bancales.
Où en est l'Italie aujourd'hui
Le pays a fini par trouver un point d'équilibre, plus malin que ses débuts brutaux. Depuis le 1er février 2025, la taxe s'applique de façon différenciée : autour de 0,15 € par millilitre pour les liquides nicotinés, et environ 0,10 € pour les liquides sans nicotine et les arômes. En clair, plus c'est addictif, plus c'est taxé. C'est l'idée de la réduction des risques traduite en fiscalité, et c'est exactement ce que la version 2014 ignorait.
Le marché, lui, se porte mieux qu'on pourrait le croire. Il a dépassé les 750 millions d'euros en 2025, avec une croissance d'environ 29 % sur un an, et au moins 3 millions d'Italiens vapotent régulièrement. Preuve qu'une fiscalité mesurée n'étrangle pas forcément le secteur, à condition de ne pas le matraquer.
Mais attention, tout n'est pas rose. Depuis le 1er janvier 2025, l'Italie a interdit la vente en ligne des produits contenant de la nicotine. Seuls les liquides sans nicotine et les arômes restent disponibles sur internet. Pour un boutiquier indépendant, c'est à double tranchant : ça protège le commerce physique de proximité, mais ça complique sérieusement la vie des vapoteurs en zone rurale et ça pousse une partie de la demande vers des canaux non contrôlés.
Le bras de fer avec Bruxelles
Là où l'Italie devient carrément intéressante, c'est dans sa posture face à l'Europe. Bruxelles veut réviser sa directive sur les accises du tabac (la fameuse TED) et y intégrer la vape. Le commissaire Wopke Hoekstra a poussé pour une harmonisation « par le haut » : sur la table, on parle de 0,12 € par millilitre pour les liquides faiblement nicotinés (0 à 15 mg/ml) et jusqu'à 0,36 € par millilitre au-delà.
Et qui se dresse contre ce projet ? L'Italie, justement, aux côtés de la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie et la Suède. Dans un avis rendu le 15 octobre 2025, le Parlement italien a salué l'idée d'harmonisation tout en posant une ligne rouge claire : la vape n'est ni un produit du tabac, ni comparable au tabac sur le plan sanitaire. Donc la fiscalité ne devrait pas être la même. Venant d'un pays qui s'est planté en beauté avec sa taxe punitive, c'est un retour d'expérience qui pèse. Ils savent de quoi ils parlent, ils ont déjà payé l'addition.
Les leçons pour la France
Voilà pourquoi tout ça nous concerne directement. La France a failli copier l'erreur italienne de 2014. Le budget 2026 prévoyait initialement une accise de 0,15 € par millilitre sur tous les e-liquides, sans distinction de nicotine : 1,50 € de hausse sèche sur un flacon de 10 ml, soit 25 à 30 % d'augmentation d'un coup.
Le texte a ensuite été retravaillé vers un barème différencié (3 centimes par millilitre pour 0-15 mg/ml, 5 centimes au-delà), avant que la mesure ne disparaisse discrètement du texte final adopté au 49.3. Le Sénat avait même fixé le taux à zéro de façon symbolique pour 2026. Sursis, pas victoire : ça reviendra.
Qu'est-ce qu'on retient de l'Italie, concrètement ?
- Une taxe brutale ne rapporte pas : 3,5 millions encaissés sur 115 espérés, le contre-exemple parfait.
- Taxer la vape comme le tabac, c'est renvoyer des gens vers la clope. L'équivalence « 1 ml = 5 cigarettes » était une absurdité, et elle a fait des dégâts réels.
- Une fiscalité différenciée selon la nicotine est moins idiote qu'une taxe uniforme aveugle. Au moins elle respecte la logique de réduction des risques.
- Le marché légal résiste si on ne l'étrangle pas : 750 millions d'euros, 29 % de croissance, ça parle.
L'Italie a mis dix ans et un échec budgétaire à comprendre ce qu'on sait déjà : la vape n'est pas le tabac, et la traiter comme tel coûte cher en santé publique sans rien rapporter au Trésor. La France a la chance de pouvoir apprendre de quelqu'un d'autre. Reste à savoir si nos décideurs liront le dossier italien avant de ressortir leur calculette. 🇮🇹
Sources
- 01.Commission européenne — Modernisation de la directive tabac (juillet 2025). Voir →
- 02.EUR-Lex — Proposition de directive 52025PC0580 sur les accises tabac et vape. Voir →
- 03.Parlement européen EPRS — Révision de la directive sur la taxation du tabac (2025). Voir →
- 04.Global State of Tobacco Harm Reduction — Profil Italie (vape, tabac chauffé, alternatives). Voir →
- 05.PubMed/PMC — Revue mondiale des taxes sur les e-cigarettes (2023). Voir →
- 06.Génération sans tabac — Article 23 du PLF 2026 : la taxe vape non retenue. Voir →
Transparence
Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les sources citées ci-dessus permettent d’en vérifier le contenu.
Questions fréquentes
Depuis quand l'Italie taxe-t-elle les e-liquides, et comment la taxe a-t-elle évolué ?
L'Italie a introduit une taxe sur les e-liquides dès 2014-2015, avec un taux pouvant atteindre 4,50 € par flacon de 10 ml. Devant l'échec budgétaire flagrant — 3,5 millions d'euros encaissés sur 115 espérés en 2015 — Rome a réduit la taxe de 80 à 90 %. Depuis février 2025, le régime est différencié : environ 0,15 €/ml pour les liquides nicotinés et 0,10 €/ml pour les liquides sans nicotine. Un aller-retour de dix ans qui dit tout des dangers d'une taxation punitive mal calibrée.
Pourquoi la taxe italienne de 2015 est-elle un contre-exemple aussi cité ?
Parce que les chiffres sont sans appel : le gouvernement espérait 115 millions d'euros de recettes, il n'en a encaissé que 3,5 millions en six mois. La taxe trop élevée a poussé les vapoteurs vers l'achat à l'étranger, le marché gris ou le retour à la cigarette classique. C'est l'illustration parfaite qu'une taxe vape mal calibrée ne remplit pas les caisses et nuit à la santé publique en même temps.
Qu'est-ce que la directive européenne sur les accises du tabac (TED) prévoit pour la vape ?
La Commission européenne a proposé en juillet 2025 une révision de la directive qui étend les accises aux e-liquides et aux nouveaux produits du nicotine, avec des taux harmonisés à l'échelle de l'UE. L'objectif affiché est d'aligner la fiscalité sur les enjeux de santé publique du Plan cancer européen. Plusieurs États membres, dont l'Italie, la Suède et la Roumanie, ont exprimé des réserves sur une harmonisation trop uniforme qui ne tiendrait pas compte du moindre profil de risque de la vape par rapport au tabac combustible.
La France va-t-elle finalement taxer les e-liquides ?
Pour 2026, la réponse est non : l'article 23 du projet de loi de finances, qui prévoyait une accise sur les e-liquides, a été supprimé lors du passage au 49.3 en janvier 2026. Le Sénat avait déjà voté un taux symbolique à zéro. Mais le sujet est loin d'être enterré : il reviendra probablement dans les prochains budgets, d'autant que la révision de la directive européenne pousse dans ce sens.
Une taxe différenciée selon la teneur en nicotine a-t-elle du sens ?
Oui, et l'Italie en est la démonstration depuis 2025 : taxer davantage les liquides nicotinés que les sans-nicotine respecte la logique de réduction des risques en envoyant un signal-prix cohérent. Les études académiques confirment que le niveau relatif de taxation entre cigarettes et vape est déterminant : si la vape est trop taxée par rapport au tabac, une partie des vapoteurs retourne à la cigarette, annulant les bénéfices de santé publique.
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